ASSOCIATION DES COMMUNES MINIERES DE FRANCE
ASSOCIATION DES COMMUNES MINIERES DE FRANCE

12/08/13

L’après-mine et la valorisation du patrimoine minier

 

 

Contribution d'ACOM France au colloque ATLANTERRA

Nantes - 19 septembre 2012


 

L’insertion du patrimoine culturel minier est abordée dans ses contextes globaux de l’après-mine, ceux du traitement des friches et des territoires miniers, dont les volets sont environnementaux, urbanistiques, sociaux, économiques. Ce patrimoine culturel, héritage spécifique de la mine leur est transversal dans le cadre d’une reconversion relevant de l’aménagement du territoire minier, où le rôle des collectivités territoriales est « central». Du terril consolidé dominant des zones aquatiques de subsidence, aux cités réhabilitées, sièges d’une mémoire minière encore vive, aux sites et musées, souvent monumentaux, c’est tout le paysage culturel et la mémoire de la mine qui rentrent dans l’économie culturelle et touristique et donnent au bassin minier une image séduisante.

 

 

 

 

Que ce soit au niveau national ou au niveau européen, parmi les chantiers à réaliser pour assurer la reconversion des bassins miniers, la valorisation du patrimoine industriel minier s’avère être un élément significatif et productif. En effet ce patrimoine peut être un facteur de redéveloppement de ces territoires qui souvent se sont retrouvés dans une situation socio-économique difficile après la fermeture des mines.

 

La valorisation du patrimoine minier est un sujet extrêmement vaste qui peut être appréhendé sous de nombreux angles. Il s’avère, par exemple, que promouvoir le patrimoine s’appuie sur sa caractérisation, physique et technique (les ouvrages de surfaces ou du sous-sol), paysagère et géologique. Enfin, la gestion des archives minières est aussi essentielle pour la valorisation du patrimoine minier.

 

La promotion du patrimoine minier s’inscrit dans un contexte plus vaste qui est celui du développement local des communes et des régions minières.

 

Afin que ce patrimoine puisse participer au redéveloppement des bassins miniers, la satisfaction d’un certain nombre de conditions préalables est nécessaire du point de vue des collectivités territoriales. La première des conditions, heureusement moins d’actualité aujourd’hui, était d’ordre politique, puisque conserver le patrimoine minier supposait une volonté de la part des exploitants et aussi des élus locaux. Ce patrimoine a longtemps fait l’objet de la politique de la table rase, en un moment où dominait la volonté d’oublier l’histoire minière, considérée comme témoignant d’une époque maudite. Aujourd’hui cela existe beaucoup moins, dans tous les bassins miniers de France et de Navarre, il y a une volonté très forte de conserver le patrimoine, (même un chevalement en médiocre état) et les traces du passé minier.

La deuxième contrainte, qui existe elle aussi beaucoup moins, était un problème d’« image de marque ». Les mines représentaient le « pays noir » du charbon, un métier de « bagnards », des paysages dégradés, des populations en difficulté. Pendant longtemps les médias parisiens et quelque fois régionaux, ont véhiculé cette image du bassin minier, constituant un obstacle à sa promotion et valorisation de ce patrimoine. Là aussi du chemin a été parcouru, mais lever ces images de marques négatives est encore d’actualité.

 

Ensuite, il y a des conditions d’ordre réglementaire. Les sites miniers sont avant tout des sites industriels qui présentent un certain nombre de dangers potentiels pour le public et l’environnement territorial. Dans la mesure où l’Etat est responsable selon la loi des dommages causés par l’ancienne activité minière, on constate souvent en France de la part des services de l’Etat une tendance à prendre des mesures d’interdiction d’accès aux sites pour éviter tout accident alors que les aléas ne sont pas si forts.

 

Le code minier tel qu’il existe en France, mais tel qu’il existe également dans d’autres pays, applique le principe du pollueur-payeur qui fait que lorsque l’activité minière cesse, l’exploitant a pour obligation de démanteler l’ensemble des installations pour éviter tout risque de désordres causés par l’ancienne activité. A ce stade, il est impératif qu’une discussion s’instaure à la fois entre la compagnie minière, le détenteur de la police des mines (l’Etat) et les collectivités pour pouvoir sauvegarder un certain nombre d’ouvrages miniers. Parfois des maires ont fait physiquement obstacle à des bulldozers pour éviter qu’un chevalement soit démoli par l’exploitant minier.

La définition préalable, sur étude, des aléas et risques pouvant exister sur les anciens sites miniers est donc un sujet très important, conditionnant les possibilités de leur sauvegarde et valorisation. Il convient ensuite d’établir les servitudes nécessaires à leur sécurité et à celle du public, avec suivi de surveillance.

Les servitudes techniques existent en France notamment autour des puits de mines, limitant leur accès ou la capacité de leur réaffectation à d’autres activités. Ces servitudes peuvent avoir de lourdes conséquences puisqu’il s’agit de périmètres de 15 à 30 mètres de diamètre autour des puits, gelant la possibilité d’y implanter de nouvelles activités, alors que parfois il existe des opportunités vraiment intéressantes pour valoriser ces chevalements. En Belgique ce n’est pas le cas, puisque dans le Limbourg Belge, certains des chevalements sont entièrement rééquipé avec des ascenseurs de façon à permettre un accès du public facile, avec l’implantation de plate-formes, de restaurants etc. Il y a donc là une divergence d’appréciation.

 

Après ces conditions préalables, d’ordre politique et réglementaire, il y a des conditions fondamentales liées à la maitrise foncière. Quelques fois les sites miniers, au moment de la fermeture, ont été revendus à des personnes privées et la collectivité en ayant perdu la maitrise foncière ne peut donc pas les transformer comme elle le souhaiterait.

Dernière condition liée à la préservation du patrimoine minier, ce sont les contingences financières, car les mises en sécurité, l’entretien et le fonctionnement de ces édifices nécessitent des moyens budgétaires souvent considérables, lesquels aujourd’hui se raréfient, que ce soit au niveau de l’Europe, de l’Etat ou des collectivités.

 

Au niveau du développement local, on peut ditinguer trois à quatre enjeux principaux.

 

Il y a d’abord l’enjeu identitaire, sauvegarder cet héritage minier pour permettre une mise en valeur culturelle de l’histoire industrielle et sociale de ces régions et de leurs populations, la population minière des « descendants » étant souvent plus réceptive à la valorisation du patrimoine que les mineurs eux même.

 

Ensuite l’enjeu identitaire s’appuie sur trois types d’héritages.

Il s’agit d’abord du patrimoine technique qui a une empreinte visuelle très forte sur le territoire, les chevalements, les terrils, les sites d’exploitations.

 

Exemple du site de « Cap Découverte », bassin du Carmausin, qui fut une des mines à ciel ouvert des plus vastes d’Europe dont l’exploitation a été lancée en 1982.

Cas de carreaux de fosses emblématiques du Nord Pas de Calais : la Fosse de Wallers Arenberg ou a été tourné Germinal de Claude Berri en 1993 ; la fosse 9 de  Roost Warendin que certains d’entre vous connaissent peut être puisqu’elle se situe sur le parcours de la course cycliste Paris Roubaix.

 

Cet héritage est aussi social. C’est l’ensemble des équipements sociaux qui ont été mis en place par les compagnies minières dans le cadre de l’activité minière, les écoles, les églises, l’habitat minier, constante de ce territoire.

Cette question de l’habitat minier bondit dans le Nord Pas de Calais à l’échelle de 68 000 logements !

 

Il y a enfin le « patrimoine immatériel », qui relate souvent les luttes sociales qui ont été engagés par les mineurs et aussi les catastrophes minières qui ont souvent marqué l’imaginaire.

 

L’autre enjeu concerne la conservation du patrimoine minier, comme vecteur de développement local, d’aménagement et de reconquête du territoire. Très concrètement, la réhabilitation des anciens sites miniers participe à la requalification des territoires.

 

Viennent ensuite les enjeux économiques, puisque la réhabilitation des anciens sites miniers offre l’opportunité de nouvelles activités créatrices d’emplois.

Ainsi du Musée de la mine de Petite Roselle récemment inauguré en Lorraine et du Centre historique minier de Lewarde dans le Nord, aux 160 000 visiteurs par an. Ces sites accueillent des activités de type tertiaire.

 

Et enfin, la requalification des anciens sites miniers et leur nouvelle qualité environnementale ont provoqué un changement d’image et un renforcement de l’attractivité des territoires.

 

L’inscription du Bassin minier du Nord Pas de Calais au patrimoine mondial de l’humanité, illustre bien ce phénomène et les enjeux de la valorisation du patrimoine minier. L’inscription prononcée à St Pétersbourg le 30 juin 2012, (aboutissement d’un dossier ouvert en 2002) représente dix annnées d’un travail conduit sur un territoire s’étendant sur 4 175  hectares, concernant 87 communes et comprenant 251 « objets » de patrimoine minier. Les actions de mobilisation des populations et notamment des enfants, en ont permis l’appropriation régionale et la promotion UNESCO. Ses paysages, comme ceux du « Val de Loire patrimoine mondial », sont inscrits au titre du paysage culturel, nouveau regard porté sur un territoire.

Une condition et conséquence du classement, est la nécessité de mettre en place un « plan de gestion » de ce vaste territoire, où tout aménagement devra respecter l’authenticité patrimoniale. L’inconvénient pour la collectivité, est celui d’un surcoût des réaménagements des anciens sites et parfois l’impossibilité de d’utiliser certains espaces. Mais le contexte territorial ainsi valorisé est devenu attractif comme le montrent les succès du « Louvre Lens » et du parc d’éco-entreprises de Loos-en-Gohelle.

 

Patrimoine minier et EURACOM : la question du patrimoine miner est également abordée régulièrement dans le cadre des activités d’EURACOM, et aussi du projet « PROSPECTS » afin de l’intégrer potentiellement dans le cadre de la prochaine génération d’Interreg. L’idée est d’étudier la possibilité d’un programme d’échange d’expériences sur le tourisme dans les régions minières à l’échelle de l’Union Européenne.

 

La conservation du patrimoine minier, préoccupation relativement récente, s’est renforcée ces dernières années. C’est maintenant devenu une priorité pour la plupart des communes pour à la fois marquer l’identité de leur territoire et en être un facteur d’attractivité.

 

ACOM France prépare un livre blanc sur les bassins miniers qui comprendra à la fois un état des lieux des réalisations des 20 dernières années et des besoins subsistants. Il y aura un chapitre consacré à la valorisation du patrimoine minier. Cette question est aussi à l’ordre du jour d’EURACOM. Tout comme EURACOM collabore avec les pays d’Europe centrale, elle a aussi pour vocation de collaborer avec les pays de la façade Atlantique. L’objectif est de capitaliser les expériences et tous ensemble, d’avancer. 

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